Revue Médicale Suisse N°940 Du 19/11/2025

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wolfgang
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#Medecine

Notre système de santé connaît une complexité croissante, avec de nombreux défis : épuisement professionnel, changement générationnel des attentes des jeunes médecins, remise en question de l’identité professionnelle, ainsi que des pressions budgétaires accrues tant en clinique qu’en milieu académique. Dans ce contexte souvent incertain, il est crucial de préparer et de motiver une relève solide en médecine interne, que ce soit dans le domaine de la recherche ou de la pratique clinique.

Or, une carrière professionnelle, surtout universitaire, ne se construit jamais seule. Elle s’enracine sur des liens humains, souvent informels mais profondément structurants. Parmi ceux-ci, le parrainage, cet engagement explicite à soutenir activement la carrière d’un-e collègue plus jeune qui est solidement ancré dans notre Service de médecine. Le mentorat, quant à lui, est une relation plus réflexive et personnelle, et offre un espace de soutien, d’écoute et de développement. Ces dynamiques, souvent sous-estimées ou confondues, sont pourtant fondamentales pour encourager les jeunes internistes à envisager une carrière académique ou d’excellence clinique.

Transmettre le savoir et l’expérience exige plus que du temps : cela demande une véritable générosité intellectuelle et humaine. Cette responsabilité ne peut reposer sur les seules épaules de quelques enseignants. Elle doit s’inscrire dans une vision partagée, portée collectivement par les cadres et chef-fe-s de clinique. Elle mérite d’être reconnue, valorisée, intégrée aux critères d’évaluation institutionnels, et ancrée dans la culture des services et des départements.

Au moment où l’un des auteurs de cet éditorial s’apprête à prendre sa retraite, l’adage « servir et disparaître » prend une résonance particulière. Être responsable de la relève, c’est semer sans toujours récolter, former en laissant la singularité, soutenir sans chercher la reconnaissance. C’est créer des opportunités, ouvrir des portes, promouvoir les talents, puis savoir se retirer avec humilité pour laisser la place à celles et ceux que l’on a contribué à faire grandir. Ce retrait n’est ni un effacement ni un abandon, mais un acte de confiance. C’est un immense privilège que le Pr Peter Vollenweider, poursuive cette mission. Dans un univers académique parfois dominé par la compétition et les egos, cette posture exige une forme de générosité : celle de servir une mission, et non une position. Elle nous rappelle que l’empreinte d’un mentor ne réside pas dans les titres qu’il accumule, mais dans les trajectoires qu’il inspire et rend possibles.

La médecine interne est également un terrain privilégié pour la recherche, qu’elle soit clinique, épidémiologique, pédagogique ou centrée sur la qualité des soins. Durant plus de vingt ans, nous avons œuvré au développement de la cohorte CoLaus|PsyCoLaus, aux côtés des Prs Vincent Mooser, Martin Preisig, Julien Vaucher et de tant d’autres. Ce projet, dont l’un des fondements est le partage de données et la collaboration, a permis de publier plus de 650 articles et d’aider de nombreux médecins à évoluer dans une carrière universitaire. Son succès montre que la recherche fertile repose sur la confiance, la mutualisation et la collaboration.

Cependant, beaucoup de jeunes médecins se sentent encore peu encouragés ou peu outillés pour s’engager dans cette voie. Il faut leur faire découvrir la recherche dès le début, leur proposer des modèles accessibles, et leur permettre d’expérimenter sans crainte de l’échec.

L’enseignement, qui autrefois allait de soi, doit aujourd’hui faire face à des contraintes de temps et de reconnaissance. Pourtant, former les générations futures demeure une mission fondamentale de l’université. Pour attirer et fidéliser les jeunes internistes vers l’académie, il faut restaurer la valeur de l’enseignement : par la formation pédagogique des enseignants, par une reconnaissance institutionnelle de l’excellence éducative, mais aussi par une réorganisation des charges cliniques permettant un véritable investissement éducatif. Comme la recherche, les programmes de formation doivent intégrer précocement la pensée critique et méthodologique.

Assurer la relève en médecine interne n’est pas automatique. Cela exige un engagement collectif, une culture de transmission, et une vision à long terme. Chaque clinicien-enseignant a un rôle à jouer : parrainage, projets de recherche, transmission d’expérience. Mais au-delà de l’effort individuel, ce sont les institutions qui doivent poser des actes structurants en créant des postes sécurisés, en investissant dans la formation pédagogique et en valorisant l’engagement académique. Notre Faculté de biologie et médecine y travaille avec conviction.

Enfin, soutenir la relève, c’est investir dans la médecine interne de demain. Même dans un système sous tension, la rigueur, la qualité de l’enseignement et l’engagement dans la recherche doivent rester des piliers fondamentaux pour assurer l’avenir de notre discipline.
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