Pratique Neurologique-FMC Septembre 2024: Spécial Vitamines et neurologie
Publié : lun. sept. 16, 2024 10:32 pm
#Neurologie
Dans ce numéro de Pratique Neurologique et le suivant, une série d'articles synthétiques est consacrée au sujet des vitamines en neurologie. Il s'agit d'un sujet négligé, parfois considéré comme appartenant à l'Histoire ou relevant d'autres spécialités médicales. Nos collègues du centre hospitalier de Saint-Denis et de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Michael Bonnan et Daniele Mandia, nous font la démonstration qu'il n'en est rien.
La problématique neurologique des troubles vitaminiques ne se se limite aucunement à la question qui lie la vitamine D et la sclérose en plaques, ou celle du déficit en thiamine chez le sujet alcoolique chronique. L'équilibre vitaminique reste essentiel, comme le suggère l'étymologie d'un terme forgé par le chimiste polonais Casimir Funk en 1920, à partir de la racine latine « vita » (vie) et du suffixe « amine », car il croyait à tort qu'un radical amine était nécessaire à la fonction. L'histoire des vitamines est, de façon frappante, parallèle à l'émergence de la médecine expérimentale.
Si l'hypothèse de la présence dans l'alimentation d'un « principe actif alimentaire indispensable » remonte à la fin du XIXe siècle, l'époque des navigations trans- continentales, dès le XVIe siècle, a exposé les marins à des carences, dont la plus évidente a été le scorbut lié au déficit en vitamine C. Le médecin écossais James Lind (1716–1794) est crédité du premier essai clinique contrôlé connu. James Lind, embarqué sur le Salisbury, décide de traiter 12 marins atteints de scorbut, de degré de gravité similaire, en comparant 6 méthodes différentes, toutes choses égales par ailleurs (les marins étaient isolés dans une chambre et les autres soins qui leur étaient apportés étaient les mêmes).
La paire de marins auquel échut le citron et les deux oranges quotidiens guérirent rapidement, tandis que les autres ne connais- saient aucune évolution favorable (sauf, marginalement et tardivement, deux d'entre eux, du groupe « cidre », lequel pourrait contenir un peu de vitamine C selon la méthode de fabrication).
De façon étonnante, en dépit de ses efforts pour démontrer l'efficacité de ses mesures, le lien entre le régime et la maladie échappait à Lind, tant le modèle infectieux de la contagion dominait encore les conceptions étiologiques. C'est également cet a priori qui explique, à l'aube du XXe siècle, que les avertissements d'un médecin naval japonais, Takaki Kanehiro, soient ignorés par l'armée et que le béribéri décime la marine pendant la guerre russo-japonaise du fait d'un régime exclusif par riz blanc.
Les vitamines sont vitales, comme le montrent nos collègues dans cette série d'articles qui s'étalent sur deux numéros. À l'occasion, certaines peuvent même se montrer toxiques lorsqu'elles sont en excès (vitamine A).
Enfin, un petit avertissement sur la nomenclature : la biotine est appelée vitamine B8 en France,
mais la dénomination internationale est la vitamine B7. Nous avons choisi de conserver la dénomination française, s'agissant d'une publication en français.
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Dans ce numéro de Pratique Neurologique et le suivant, une série d'articles synthétiques est consacrée au sujet des vitamines en neurologie. Il s'agit d'un sujet négligé, parfois considéré comme appartenant à l'Histoire ou relevant d'autres spécialités médicales. Nos collègues du centre hospitalier de Saint-Denis et de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Michael Bonnan et Daniele Mandia, nous font la démonstration qu'il n'en est rien.
La problématique neurologique des troubles vitaminiques ne se se limite aucunement à la question qui lie la vitamine D et la sclérose en plaques, ou celle du déficit en thiamine chez le sujet alcoolique chronique. L'équilibre vitaminique reste essentiel, comme le suggère l'étymologie d'un terme forgé par le chimiste polonais Casimir Funk en 1920, à partir de la racine latine « vita » (vie) et du suffixe « amine », car il croyait à tort qu'un radical amine était nécessaire à la fonction. L'histoire des vitamines est, de façon frappante, parallèle à l'émergence de la médecine expérimentale.
Si l'hypothèse de la présence dans l'alimentation d'un « principe actif alimentaire indispensable » remonte à la fin du XIXe siècle, l'époque des navigations trans- continentales, dès le XVIe siècle, a exposé les marins à des carences, dont la plus évidente a été le scorbut lié au déficit en vitamine C. Le médecin écossais James Lind (1716–1794) est crédité du premier essai clinique contrôlé connu. James Lind, embarqué sur le Salisbury, décide de traiter 12 marins atteints de scorbut, de degré de gravité similaire, en comparant 6 méthodes différentes, toutes choses égales par ailleurs (les marins étaient isolés dans une chambre et les autres soins qui leur étaient apportés étaient les mêmes).
La paire de marins auquel échut le citron et les deux oranges quotidiens guérirent rapidement, tandis que les autres ne connais- saient aucune évolution favorable (sauf, marginalement et tardivement, deux d'entre eux, du groupe « cidre », lequel pourrait contenir un peu de vitamine C selon la méthode de fabrication).
De façon étonnante, en dépit de ses efforts pour démontrer l'efficacité de ses mesures, le lien entre le régime et la maladie échappait à Lind, tant le modèle infectieux de la contagion dominait encore les conceptions étiologiques. C'est également cet a priori qui explique, à l'aube du XXe siècle, que les avertissements d'un médecin naval japonais, Takaki Kanehiro, soient ignorés par l'armée et que le béribéri décime la marine pendant la guerre russo-japonaise du fait d'un régime exclusif par riz blanc.
Les vitamines sont vitales, comme le montrent nos collègues dans cette série d'articles qui s'étalent sur deux numéros. À l'occasion, certaines peuvent même se montrer toxiques lorsqu'elles sont en excès (vitamine A).
Enfin, un petit avertissement sur la nomenclature : la biotine est appelée vitamine B8 en France,
mais la dénomination internationale est la vitamine B7. Nous avons choisi de conserver la dénomination française, s'agissant d'une publication en français.
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